Kronenzustand an Laubbäumen

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« Internet ne doit pas être vu comme un substitut mais comme une technique nouvelle et implicante du recueil de données [Gueguen et Yami, 2004] »

Nous ne pouvons pas faire l’impasse d’une réflexion autour d’Internet qui en plus d’être au cœur de notre sujet de recherche a tenu une place importante dans la démarche d’enquête. En effet, Internet est omniprésent dans notre société. Il est peu concevable et peu pertinent que le chercheur cède à la technophobie et occulte toutes les possibilités offertes par cet instrument. En effet, si tant est que nous ayons bien à l’esprit les limites de l’outil, Internet s’avère être un allié incontournable de l’enquêteur et cela à toutes les étapes de la recherche. Internet crée de nouvelles méthodologies que nous allons tenter d’aborder chronologiquement.

2.1.1.1 La recherche documentaire

Dès le travail de collecte d’information en vue de construire un état de l’art sur notre sujet, Internet s’est avéré être un outil d’une grande richesse et d’une grande praticité.

En effet, l’accès aux banques de données en ligne m’a permis de concilier contraintes professionnelles et activités de recherche. L’accès à ces ressources représente en effet un gain de temps non-négligeable.

J’ai principalement utilisé la banque de données Cairn qui m’a permis de consulter des revues spécialisées en SIC mais aussi en psychologie, sociologie...

2.1.1.2 L’observation active

Comme je l’ai déjà précisé la première étape de mon travail a été l’observation que je qualifierai d’active. En effet, j’ai essayé de poser un regard neutre sur des situations en lien avec mon sujet.

Tout le monde ou presque étant équipé de ces nouveaux objets communicants, il a été assez simple d’observer, d’écouter bref d’être attentive à des dires ou des situations en rapport avec mon sujet de recherche. L’observation est un « triple travail de perception, de mémorisation et de notation »[Beaud et Weber, 2003]. Ce processus nécessite un va-et-vient continuel entre ces trois compétences. Percevoir nécessite une posture particulière. Il faut suffisamment connaître son terrain et son objet d’étude pour aiguiser nos perceptions. Remarquer des détails de la vie courante. Qui dit remarquer dit porter un jugement critique. La neutralité axiologique n’est pas de mise au moment de l’observation au risque de ne rien remarquer.

Ces observations ont pu se réaliserIn Real Life (IRL) mais également en ligne. En effet, j’ai décidé de considérer le Net comme un terrain d’enquête exploitable, m’inscrivant ainsi dans une démarche déjà utilisée dans le monde de la recherche en marketing : la netnographie.

La netnographie est une méthode d’enquête qualitative récente, apparue dans le monde de la recherche en marketing. Cette méthode se fonde sur les communautés virtuelles no-tamment les communautés de consommateurs. Internet est alors considéré comme une

véritable source de données. Le chercheur peut y recueillir des informations qui lui se-ront utiles pour mieux comprendre les consommateurs. Parfois les chercheurs organisent des sessions spécifiques, des on-line focus groups. Des individus discutent via un tchat privé animé par un modérateur. Yohan Bernard explique l’intérêt de cette méthode par l’anonymat des participants qui diminue le phénomène de gêne ou d’inhibition. En effet, l’intermédiation de l’écran permet aux plus timides de s’exprimer. Yohan Bernard relève malgré tout quelques inconvénients notamment le fait que le paralangage soit absent et que l’identité peut être sujette à caution.

Tout comme l’enquête classique de terrain, l’enquête netnographique nécessite de la part de l’enquêteur des qualités d’observation et d’analyse. Le chercheur doit être capable d’appréhender profondément la communauté et notamment les liens s’établissant entre les participants.

Ainsi l’enquête netnographique aboutit à la collecte de deux types de données : les données directement extraites des commentaires des participants et les données extraites des commentaires du chercheur.

Trois méthodes co-existent et nous allons pouvoir dans le cadre de notre recherche nous en inspirer : l’observation non-participante, l’observation participante et l’entretien individuel. Chacune de ces méthodes fait en parallèle l’objet de prises de notes dans lesquelles le chercheur fait part de ses sentiments, des commentaires donnant lieu à un carnet de terrain.

Ce nouveau type d’enquête « en ligne » ne va pas sans poser de questions notamment d’ordre éthique. Ainsi, Kozinets édicte quatre recommandations afin de garantir l’éthique de la recherche « en ligne ». Tout d’abord, le chercheur doit manifester sa présence et ses intentions, il doit aussi assurer la confidentialité des informateurs, il prend en compte le feed-back des internautes au cours de la recherche et enfin il obtient la permission des membres concernés avant de publier des extraits des messages dans ses travaux.

Le chercheur ne peut pas faire l’impasse sur les caractéristiques du forum de discus-sion comme élément decorpus d’analyse. Marcoccia définit le forum de discussion comme « une correspondance électronique archivée automatiquement, un document numérique dynamique, produit collectivement de manière interactive »[Marcoccia, 2004]. Ainsi,

tou-jours selon cet auteur, le forum de discussion est un dispositif de communication médiatisée par ordinateur asynchrone qui permet à des internautes d’échanger des messages, de com-muniquer autour d’un sujet précis. La situation communicationnelle se rapproche de la communication interpersonnelle tout en pouvant être considérée de masse du fait que tout le monde peut participer. Le chercheur effectue un va-et-vient continuel entre les éléments individuels et l’ensemble composé de ces individualités. Autrement dit, le chercheur doit dans un premier temps appréhender le sens global de la discussion, de la philosophie de la communauté puis dans un second temps il pourra chercher à mettre en évidence les convergences et divergences entre les différents éléments.

Le chercheur devra également être vigilant à la durée de la conversation. Le cadre temporel est loin d’être unifié puisque tous les sujets restent indéfiniment ouverts.

Il y a trois façons de produire un écrit sur les forums de discussion : ouvrir un nouveau fil de discussion, répondre à un message en postant un message réactif, envoyer un message privé à un internaute. Pour notre part, nous avons pu au cours de mon enquête utiliser ces modes de discussion soit dans un but d’observation soit dans un but de diffusion.

Dans un premier temps, ces forums de discussion nous ont permis de « prendre la température » et de confronter mes lectures à la réalité du terrain. J’ai principalement choisi d’observer deux forums distincts sur le site doctissimo.fr : dans la partie Psycholo-gie, les forums « Affaires de couple » et « Cyberdépendance ». Ces deux forums faisaient tout naturellement écho à mon sujet. Les posts en lien avec ma recherche y sont nom-breux et connaissent un succès important au vu du nombre d’interventions sur le thème et le nombre important de messages réactifs. Pourquoi Doctissimo ? Ce site draine plus de huit millions de visiteurs par mois (source : Doctissimo.fr), plus de cent millions de mes-sages postés et presque deux millions de membres enregistrés2. Le succès de Doctissimo se constate d’ailleurs à travers la page de résultats de Google puisque le site apparaît qua-siment systématiquement dans les premiers résultats proposés par le moteur de recherche pour des requêtes portant sur la santé. La participation aux forums est conditionnée par une inscription préalable. Précisons que des modérateurs et des animateurs bénévoles

2. Sachant que pour poster un message sur un des forums proposés, l’internaute doit s’enregistrer de manière rapide : une adresse mail suffit.

contrôlent les conversations afin d’éviter tout manquement à la charte acceptée par les internautes au moment de l’inscription.

Au-delà de l’observation active, nous avons également souhaité intervenir sur les forums pour obtenir des récits personnels ciblés sur ma recherche (fig. 2.1). Ces récits pouvaient nous servir de base de réflexion dans cette étape exploratoire.

Figure2.1 – Messages postés sur le site Doctissimo

Pour rédiger ce message, nous avons veillé à clairement nous positionner en tant que doctorante en précisant le sujet de recherche en des mots simples et accessibles par tous. Nous avons ensuite énuméré quelques questions guides et nous avons spécifié l’obligation d’anonymat.

Nous n’avons eu aucune réponse malgré des tentatives pour faire remonter à plusieurs reprises le post afin qu’il ne tombe pas trop rapidement dans l’oubli.

Pour comprendre les raisons de cet échec, il faut comprendre l’esprit communautaire de ce type de sites. En effet, le profil créé « these2012 » l’a été pour l’occasion. These2012 est un profil inconnu aux yeux des Doctinautes, or l’esprit communautaire y est très important. En effet, le site accentue cette dimension communautaire en créant le « Club Doctissimo », en attribuant des distinctions du type « Doctinaute d’or », « Doctinaute d’argent » aux internautes les plus prolifiques. Ainsi, notre message a pu être perçu comme une intrusion d’une personne extérieure à la communauté venant poser un regard critique sur leurs discussions. Nous aurions peu-être dû nous présenter aux modérateurs afin que ceux-ci nous « intronise » auprès des membres. Une autre hypothèse expliquant cette absence de réponses est que nos questions ont peut-être paru trop directes et trop intimes. Notre travail sur ces forums a donc consisté à observer activement les discussions liées à notre recherche. Pour ce faire, nous avons au préalable élaboré une grille d’analyse de ces messages qui nous a permis de dégager les thématiques récurrentes. Nous avons ainsi mené une lecture analytique des messages postés entre 2006 et mars 2012 sur le forum « Cyberdépendance » de Doctissimo. Cette analyse a notamment pu être exploitée dans un de nos articles qui portait sur le changement de paradigme relationnel en matière conju-gale[Demonceaux, 2012] . Croisé aux lectures théoriques et aux observations du terrain IRL, ces sites ont permis de dégager des grands axes de recherche.

Les forums de discussion sont de suite apparus comme de bons terrains d’enquête. En effet, ces forums réunissent par thématique des internautes préoccupés par des problé-matiques communes. De plus, ces internautes sont souvent dans une logique d’écriture-confession. Les messages initiaux – ceux ouvrant la discussion – sont souvent assez longs, détaillés et fournissent ainsi beaucoup des données tant factuelles qu’émotionnelles. J’ai donc pu nourrir ma réflexion et mes lectures théoriques de ces informations livrées par des internautes certes anonymes mais véritablement au centre de ma problématique et riches d’enseignement. Des précautions sont bien sûr à prendre avec ce nouveau matériau. L’ano-nymat des informateurs est à la fois un avantage et un inconvénient car cette particularité offre une densité aux messages postés. Il est vrai que l’atténuation de la gêne autorise une écriture de soi plus décomplexée, moins engageante. Par contre, cet anonymat pose des questions d’ordre déontologique essentiellement sur l’authenticité des propos tenus et le

manque de connaissance de l’environnement socio-économique du scripteur.

Ainsi, j’ai décidé de multiplier les terrains d’observation et de prendre des notes dans mon carnet de terrain, véritable « arme de l’ethnographe »[Beaud et Weber, 2003]. Ce carnet m’a permis de prendre du recul par rapport à ma posture de chercheur et de défricher le terrain. Cette double fonction se manifeste matériellement avec à droite les informations descriptives (personnes rencontrées, lieu de la rencontre. . .), sur la page de gauche des informations liées à l’avancement de la recherche (questions, analyses. . .). La phase de description n’est pas si aisée. Il faut savoir doser : quelle part de détails ? quelle part d’analyse ? : « La question de la juste proportion de description et d’interprétation est une question réellement difficile que toute personne qui décrit le monde social doit résoudre ou savoir affronter »[Becker, 2002]. Howard Becker nous rappelle qu’il n’existe pas de description pure, que toute description nécessite un acte de sélection et exprime par conséquent un point de vue.

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