JEAN-LUC FLEURY REMERCIE L'ASSEMBLÉE

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L'honneur que vous me faites en m'attribuant le Prix d'Histoire m'inspire d'abord des sentiments de profonde reconnaissance : envers la

M. JEAN-LUC FLEURY REMERCIE L'ASSEMBLÉE

Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi de vous adresser quelques mots de remerciements pour la confiance que vous me témoignez en me nommant à la prési-dence de votre comité directeur.

Carje suis un homme nouveau qui n'a donné aucune preuve de ses éventuels mérites, dont l'élection, par conséquent, ne peut reposer que sur un rapport de confiance.

Quand on est venu me contacter, il m'a fallu un certain temps de réflexion pour me familiariser avec l'idée quejepourrais un

jour

assumer la présidence de votre société. Je ne voyais pas clairement quels titres j'avais à faire valoir pour mériter de devenir président d'une société

savante et patriotique.

En effet, puis-je me présenter comme un savant, avec tout ce que ce

titre implique de sagesse vénérable et

d'érudition

acquise? Certainement pas. Mais

j'en

sollicite l'honneur, dès lors que le savant est celui dont le savoir se fonde sur une recherche perpétuelle et se nourrit d'une remise en question permanente.

Et qu'est-ce qui, dans mon passé, pourrait m'autoriser à me dire patriote Rien de spectaculaire ; mais je vois le patriotisme dans le

respect de l'héritage de mes pères, la fidélité actuelle à une terre et la transmission de ces valeurs à mes enfants.

Et enfin, l'idée d'une autorité verticale à toute présidence

m'effrayait

un peu, s'agissant surtout de «régenter» un groupe dont les membres ont de nombreux titres à l'éminence. Maisje me suis converti à l'idée que nos rapports pouvaient être de coordination plutôt que de subordination. Et votre seule appartenance à une société d'émulation témoigne assez de votre volonté de dynamisme,

qu'il

s'agira d'encou-rager dans le meilleur esprit émulatif.

Je me réjouis à l'idée de travailler avec vous à

l'illustration

de notre Jura et je vous remercie encore une fois de votre confiance à mon égard.

F/ew/'v

8.

NOMINATION

DE

DEUX NOUVEAUX

MEMBRES DU

COMITÉ

DIRECTEUR

M. le Président exprime sa gratitude à

MM.

Henri Kessi et Max Robert qui se retirent du comité après une activité respective de douze et de dix-huit ans.

Pour les remplacer, l'Assemblée désigne

M

Anne-Marie Steullet,

directrice des Editions dela Prévôté et correspondante au « Démocrate»

et M. Jacques

Hirt,

directeur du Collège de La Neuveville.

9. COMPTES DE

L'EXERCICE

1980-1981

Suivant le rapport de M. Georges Boillat, l'assistance approuve les comptes présentés par le trésorier central, M. André Sintz.

10. PRÉSENTATION DU BUDGET

Le projet présenté par M. André Sintz est admis sans modification.

11.

MONTANT

DE

LA COTISATION

Il est maintenu à 25 francs pour les membres individuels, à30 francs pour les couples et à 12 francs 50 pour les personnes au bénéfice de

l'AVS,

les apprentis et les étudiants.

12.

NOMINATION D'UN VÉRIFICATEUR

DES COMPTES

Selon le tournus établi, M. Georges Boillat cède sa place à M. Bernard Jolidon, fondé de pouvoir à la Banque populaire suisse à Moutier.

13. LES REMERCIEMENTS ET LE

SALUT

DU

PARLEMENT

Dans une brève intervention, M. Auguste Hoffmeyer, Président du Parlement de la République et Canton du Jura, présente les félicitations

et les vœux de

l'autorité

législative àla Sociétéd'Emulation.

Il

luiadresse de chaleureux remerciements pour son apport dans le domaine culturel

en général et singulièrement pour les efforts qu'elle n'acessé de déployer

en vue de la sauvegarde du patrimoine jurassien et de sa mise en valeur.

14. LE

SALUT

DES SOCIÉTÉS INVITÉES

A

tour de rôle, M. Gerhart Wagner, vice-président de la Société helvétique des sciences naturelles,

Ariane Brunko, présidente de la Société d'histoire et d'archéologie du canton de Neuchâtel et M. Vinzenz Bartlome, délégué de la Société d'histoire du canton de Berne apportent

le salut de leurs associations respectives. Le premier se

réjouit,

en parti-culier, de la tournure favorable

qu'ont

pris les pourparlers engagés entre

l'Emulation

et la SHSN en vue del'organisation de l'assemblée annuelle de cette dernière dans le Jura — probablement à Porrentruy et à Delémont — en automne 1983. Quant à

M

Brunko, elle relève les

excellentes relations existant entre les historiens neuchâtelois et

juras-siens et invite notre société à se faire représenter à la traditionnelle Fête des Fontaines qui aura lieu à Buttes le 12 septembre 1981.

15.

PIQUE-NIQUE

DES GENEVEZ

M. Michel Le Roy convie tous les Emulateurs à la « torée » que la section de Tramelan organisera le 26 septembre 1981 aux Genevez à l'occasion de la présentation du Musée rural.

16. ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DE 1983

Elle se tiendra à Porrentruy, conformément au vœu de la section locale, pour marquer le 70CF anniversaire de

l'octroi

de la Charte de

franchise à la ville qui

fut

le berceau de

l'Emulation.

17.

INFORMATION

Dans une lettre adressée au comitédirecteurendate du21 avril 1981,

M. Roger Châtelain, ancien archiviste de la commune de Tramelan, émet le vœu que les membres soient mieux renseignés sur les activités de la société en général et du comité directeur en particulier.

Pour répondre à ce désir, le comité fera paraître périodiquement

des communiqués relatant ses travaux dans la presse.

18. JURA,

TREIZE

SIÈCLES DE

CIVILISATION CHRÉTIENNE

M. André Crevoisier donne connaissance à l'assistance du pro-gramme d'animation mis sur pied par le comité d'organisation de l'exposition de Delémont.

Il

mentionne notamment les conférences de

MM.

P.-O. Walzer, J. Christe, G. Duby, J. Amsler, J.-R. Bory et du R.P. Barthélémy, les concerts de la Chorale des enseignants du Jura,

de l'ensemble instrumental JM jurassien «Musica

Viva»

et du Chœur

des Jeunes du Jura, ainsi que la projection du film «Jésus de Nazareth»

de

Zeffirelli.

Il

émet le vœu que les Emulateurs assistent en nombre à ces mani-festations.

19. MEMBRES

D'HONNEUR

Depuis 1978, les époux Joseph et Nicole Lâchât, respectivement peintre et sculpteur à Genève, mettent chaque année une somme de dix mille francs à la disposition d'un

jury

composé de représentants de leur famille, de

l'Emulation

et de

l'Institut

jurassien qui attribue un prix ou une bourse du même montant à un artiste jurassien. Cette

«institution

»

est en passe de devenir une fondation.

Pour témoigner sa reconnaissance aux deux mécènes, l'Assemblée leur décerne le titre de membres d'honneur sur la proposition du comité directeur.

20.

HOMMAGE

À

MICHEL BOILLAT

Appelé à la tête de

l'Emulation

le 2

juin

1972, Michel Boillat a présidé notre société à une époque tourmentée et exaltante de notre histoire.

Sans avoir participé auparavant aux travaux du comité directeur, il

a gagné d'emblée l'estime et

l'amitié

des membres de

l'exécutif

par la clarté de ses conceptions et la justesse de ses vues. Nous n'avons pas tardé à apprécier son habileté à dégager les lignes de force des projets mis en discussion et sa manière expéditive de les acheminer vers la réa-lisation. Sans délai, il a exploité toutes les initiatives et suggestions pouvant accroître le rayonnement de

l'Emulation.

Fidèle à

l'optique

deses fondateurs,

l'Emulation

estuneassociation patriotique et culturelle. Le patriotisme n'a pas bonne presse partout.

Certains l'associent immédiatement au chauvinisme, ravalant

l'amour

naturel de l'homme pour sa terre au rang d'un sentiment suranné et

ridicule. Sansverser dans le sentimentalismeni donnerdans le fanatisme, sous la houlette de son président,

l'Emulation

continue à œuvrer dans l'esprit des hommes de 1847 tout en s'adaptant avec courage et autorité aux nécessités du temps.

L'activité

de Michel Boillat à la tête de

l'Emulation

s'est inspirée de

l'amour

du Jura,

qu'il

porte chevillé au cœur. Ce sentiment s'est traduit

de manière

prioritaire

dans le culte

qu'il

rend à notre langue. Linguiste éminent,

il

voue toute sa sollicitude à la défense et à

l'illustration

du français, considérant — si vous me permettez de paraphraser un auteur connu — que «la langue dans laquelle nous macérons depuis dix siècles constitue la meilleure part de notre patrimoine, en forme le fondement,

les assises, les racines, que nous avons le français dans les moelles, dans les entrailles, dans les globules».

Cette conviction — liée à la croyance

qu'il

n'existe de Boncourt à

La Neuveville qu'un seul Jura, un seul peuple façonné par le même destin, des traditions et une culture communes — est à

l'origine

de deux déclarations essentielles du comité directeur présentées aux Assemblées générales de 1974 et 1975, déclarations qui reflètent parfaitement la pensée maîtresse de Michel Boillat. Il n'est pas inopportun de rappeler ici la substance de ces textes. Je cite :

«[...]

c'est en réalité le problème de

l'unité

qui sera posé aux

citoyens et citoyennes du Jura le 23

juin

prochain. Jurassiens et Juras-siennes ne peuvent désirer qu'une chose : queleur patrie demeure entière

face à son destin. A ce moment de notre historié, la Société jurassienne d'Emulation constate que l'indépendance

offre

au Jura la meilleure garantie d'unité. Elle invite chaque citoyen et chaque citoyenne à bien réfléchir et à faire son devoir en toute conscience.»

Jamais, avant le 8

juin

1974, ni

l'Emulation

ni aucune association jurassienne n'avaient pris une position aussi ferme dans la Question jurassienne.

De la seconde résolution, je retiens ce passage :

«Depuis le 16 mars 1975, le peuple jurassien est coupé en deux par une frontière politique, mais il continue et continuera d'exister, même si, comme on peut s'y attendre,

il

disparaît de la Constitution bernoise.

A tous les Jurassiens du Sud qui ne se sentiront jamais Bernois,

l'Emu-lation

offre

d'être la patrie du cœur, celle qui, par-dessus une frontière cantonale, unit des frères qui se reconnaissent une même histoire, une même culture, un même patrimoine, et qui espèrent que l'avenir les réunira tous dans la liberté. »

Professeur au Lycée cantonal, chargé de cours à l'université de Neuchâtel, inspecteur des écoles secondaires dela République et Canton du Jura et président central de la Société jurassienne d'Emulation, Michel Boillat a mené de

front,

pendant plusieurs années, quatre acti-vités dont chacune requiert des compétences particulières.

Grâce à une capacité de travail, un dynamisme et un esprit de déci-sion exceptionnels, grâce à la diversité de ses dons et à l'ampleur de sa culture,

il

a su faire face avec une rare maîtrise aux situations complexes qu'engendre l'exercice simultané de telles fonctions.

D'un

naturel généreux, Michel Boillat n'hésite pas à payer de sa

personne si la situation le requiert. Homme de dialogue, méthodique, ouvert à la discussion,

attentif

au propos de ses partenaires et respec-tueux des conceptions

d'autrui,

il ne transige pas lorsque l'honneur du Jura est en jeu. Son souci majeur a été de promouvoir la personnalité jurassienne, de confirmer dans

l'esprit

des Jurassiens la claireconscience

de leur identité,

d'affirmer

en toutes circonstances la présence et l'exis-tence du Jura.

A

la veille de sa mort, en 1891, Xavier Köhler écrivait à Virgile

Rossel: « Je tiendrais à ne pas quitter ce monde sans avoir la perspective que la Sociétéjurassienne d'Emulation a encore bien des années à vivre

et sera, après nous, florissante et utile au pays dans samodeste sphère. »

Tant que

l'Emulation

pourra compter sur des hommes de la qualité

de Michel Boillat, les mânes de Xavier Köhler ne seront pas troublés.

H//j/? onse IL/d/ner La proposition de nommer M. Boillat membre d'honneur est

accueillie par de très vifs applaudissements.

21. M.

MICHEL BOILLAT

PREND CONGÉ

En prenant congé du comité directeur, je voudrais vous adresser quelques propos qui ne soient ni un bilan ni un testament. Un bilan serait d'une totale immodestie, puisque rien, dans notre société, ne se

fait que dans et par la collégialité. Quant à un testament, la solennité m'en répugne, sans compter que, même si je suis parvenu à l'âge l'armée romaine

m'aurait

muté déjàparmi les vétérans,je nemesenspas

encore tout à fait épuisé. Mais la sagesse des statuts me ramène du rôle d'acteur à celui de spectateur. Avant de regarder plus et de parler moins, permettez-moi de vous dire ce que signifie pourmoi

l'Emulation

en neuf ans de présidence.

L'expérience essentielle que m'a apportée

l'Emulation,

c'est le sens

de la continuité. Nous avons vécu bien des événements culturels et poli-tiques qui ont mis en danger la cohésion, la mission, voire l'existence de

l'Emulation.

Il semblait à un certain moment que l'échelle des valeurs de la culture allait être complètement transformée. Aux arts, aux lettres,

à la recherche scientifique, on prétendait opposer, en les présentant comme préférables et concurrentielles, des activités diverses orientées vers les loisirs autant que vers la culture. Le problème était de savoir si

l'Emulation

allait se convertir aux idées, ou plutôt aux théories nou-velles, pour être à la mode et suivre le mouvement. Je crois, sans m'en attribuer d'aucune façon le mérite, que

l'Emulation

a su préserver sa

vocation historique en dehors de tout conservatisme étroit, mais aussi s'engager dans des voies nouvelles. Rien de solide ne se bâtit dans l'engouement, et l'enthousiasme sans l'expérience crée l'amertume de l'impuissance.

Il

est plus facile de séduire avec du jamais vu, qui s'accompagne bientôt de lassitude, que de renouveler ce qui existe.

Formes littéraires ou musicales, recherche scientifique, rien n'évolue et ne progresse que sur la base d'une

tradition

vivante. Beethoven est déjà dans Mozart, le romantisme en Rousseau.

Pour

l'Emulation,

la possibilité et, jusqu'à un certain point, le danger d'une rupture avec le passé se sont présentés lors de la

partition

politique. aussi,

l'Emulation

est restée fidèle à ses buts : promotion

de la culture et défense de la langue française dans l'ensemble du Jura.

Fidélité au passé sans doute, mais aussi vision d'avenir: en gardant un seul comité,

l'Emulation

préfigure, cequi

irrite

bien desgens, une réalité qui, au-delà de la politique, tient à la chair de ce pays. Le Jura peut, nous en sommes convaincus, se reconstruire de

l'intérieur. L'Emulation

sera une pierre et un ouvrier de cet édifice, ou bien elle disparaîtra.

Rappelons aussi que le Jura de

l'Emulation

n'est pas que le Jura des idées et des cerveaux, c'est aussi le Jura de la fraternité. Les débats sont nécessaires; ils ont rarement, je crois, la puissance de conviction d'un

geste d'amitié.

Entré au comité directeur à Delémont, voilà que je le quitte à Moutier, sans sortir du Jura. C'est pour moi le symbole de cette conti-nuité que

j'ai

essayé de préserver et dont je confie le souci à mon successeur.

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